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Un Palestinien assis sur un sofa avec un enfant au milieu d'un champs de ruines à Al-Shejaea (banlieue de Gaza City), le 5 août 2014 Mohammed Abed AFP

Beit Hanoun (Territoires palestiniens) - Khayri a profité du cessez-le-feu dans la bande de Gaza pour rentrer chez lui, mais le spectacle qui se dévoile à ses yeux dépasse tout ce qu'il imaginait. Sa ville de Beit Hanoun n'est plus qu'un champ de ruines.

Lorsque Israël a annoncé, après les frappes aériennes, le lancement de ses opérations au sol dans la bande de Gaza, Khayri Hasan al-Masri, son épouse et ses trois enfants ont aussitôt quitté leur coquette maison blanche, avec sa cour gazonnée, son palmier et son citronnier.

De retour pour la première fois chez lui mardi, aux premières lueurs de la trêve de trois jours entre Israël et le Hamas et du retrait des soldats israéliens, il découvre l'ampleur des ravages.

«Est-ce que c'est bien ma ville ?», s'interroge-t-il, sidéré, devant des maisons éventrées ou écroulées comme tombe un soufflé. Au bord des rues de sable sur lesquelles les chars ont laissé l'empreinte de leurs chenilles dorment à jamais des ânes renversés.

La structure de sa maison a tenu le coup, mais les murs sont transpercés. La chambre de son fils Hasan, onze ans, est tapissée de douilles. Un mortier traîne dans le salon, un bazooka à l'étage. Sur un mur est dessiné un plan du quartier avec des inscriptions en hébreu suggérant que les soldats israéliens se sont servis de sa maison après son départ.

Khayri est revenu seul pour épargner sa famille. «Qu'est-ce que je vais dire à mes enfants et à ma femme ? Je ne veux pas qu'ils voient ça! Ils vont devenir fous. Comment leur expliquer tout ça», soupire-t-il en marchant sur les débris. «Qu'est-ce qu'on lui a fait, nous, à Netanyahu ?», lance-t-il à propos du Premier ministre israélien.

Comme Khayri, des milliers de Gazaouis sont allés voir si leur maison tenait toujours debout. Zakia Shaban Baker Masri, une veuve de 74 ans, voix grêle et visage lumineux ceint d'un voile aussi vert que les derniers citrons suspendus dans le jardin de Khayri, marche le coeur en berne sur ce qu'il reste de la demeure familiale.

«Dès que je suis rentrée, j'ai pleuré», souffle-t-elle. «Les économies de toute ma vie étaient ici, dans ma chambre. Mais il ne me reste plus rien», dit cette grand-mère qui rentrera plus tard en journée dans la banlieue de Gaza.

- Détruire pour reconstruire -

La désolation est la même dans le nord de l'enclave palestinienne. Mohammed, 22 ans, est venu revoir l'appartement familial éviscéré, transpercé, incendié par les combats. En bas errent quelques coqs perdus au son d'un drone qui balaie le ciel.

«Tout est détruit. Les édifices ne sont plus habitables. Il faudra tout mettre à terre et reconstruire. D'ici là, nous n'avons pas d'endroit où vivre», hormis les refuges de l'ONU ou la famille, dit-il.

«Des milliers de maisons ont été complètement détruites, auxquelles s'ajoutent toutes celles qui ont été partiellement endommagées», dit Mufeed Hasayneh, ministre palestinien des Travaux publics. Il souhaite la fin définitive des combats pour amorcer, avec l'aide de bailleurs étrangers, la pénible reconstruction de Gaza.

Le ministère palestinien des Finances chiffre à 4 à 6 milliards de dollars les besoins les plus urgents de la reconstruction.

L'attentisme prévaut chez des Gazaouis très éloignés de se projeter dans la reconstruction. On vient prendre la température en espérant la fin du cauchemar. Une poignée de courageux dorment le soir dans les débris comme Khadar al-Masri.

Il s'est installé un matelas sous une dalle de béton qui menace de céder à tout moment. «C'est dangereux, mais bon. Je vais rester ici pendant la trêve. Si la guerre reprend, je vais retourner» dans un refuge. «Tout ça, c'est une épreuve de Dieu, mais il ne faut pas s'y méprendre: nous allons nous relever».

© 2014 AFP 2 contributions . R agissez ?
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