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Des soldats libanais font le V de la victoire à la sortie d'Aarsal, près de la frontière syrienne, le 4 août 2014 Joseph Eid AFP

Labwé (Liban) - Le Liban, profondément divisé sur la guerre en Syrie, a fait preuve lundi d'une unité peu commune en assurant l'armée de son soutien et rejetant tout compromis avec des jihadistes qu'elle combat depuis samedi dans la région d'Aarsal, frontalière de la Syrie.

Au troisième jour d'affrontements qui ont causé 16 morts dans ses rangs, dont deux officiers, l'armée bombardait les collines surplombant la localité d'Aarsal, que les jihadistes contrôlent partiellement depuis ce week-end.

«Il ne peut y avoir de compromis avec les terroristes assassins, avec ceux qui ont violé le territoire libanais et insulté ses habitants», a affirmé à la presse le Premier ministre Tammam Salam, à l'issue d'une réunion extraordinaire du gouvernement.

Il a assuré avoir «demandé aux autorités françaises d’accélérer la livraison des armes déjà approuvée dans le cadre d'un accord d'armement financé par l'Arabie saoudite», qui s'est engagée à octroyer trois milliards de dollars à l'armée libanaise, faiblement équipée, pour l'achat d'armes françaises.

Lundi, Paris a «condamné les attaques contre l'armée et les forces de sécurité intérieure libanaises» et «réitéré son soutien au Liban, à ses autorités et à ses institutions, à commencer par l’armée libanaise».

Les combats à Aarsal ont éclaté après l'arrestation d'Imad Ahmad Jomaa, un chef du Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, selon une source militaire.

Des dizaines de jihadistes sunnites ont été tués depuis dans les combats tandis que 13 soldats et 20 policiers sont portés disparus, vraisemblablement aux mains des assaillants, et 86 militaires ont été blessés, selon l'armée et une source de sécurité.

«Il n'y a pas de solutions politiques avec les takfiris (extrémistes sunnites) qui sèment le chaos (...) en usant de slogans religieux obscurantistes et veulent transférer leurs pratiques écœurantes au Liban», a insisté le chef du gouvernement, un sunnite.

M. Salam a assuré l'armée du «soutien total et de la confiance complète du gouvernement (...) dans sa mission sacrée».

Il s'agit d'une rare unanimité dans ce pays profondément divisé entre partisans sunnites de la rébellion syrienne et la milice chiite du Hezbollah qui se bat aux côtés du régime de Damas.

- Hommes en noir -

Lundi, des tirs d'armes automatiques étaient entendus dans la région d'Aarsal et un journaliste de l'AFP a vu arriver des centaines de soldats sur des blindés et des camions.

«L'armée a fini de renforcer ses positions avancées et à leur fournir les approvisionnements nécessaires. Ses unités sont en train de chasser les groupes armés qui visent les militaires et les civils à Aarsal», indique un communiqué militaire.

Selon un journaliste de l'AFP, quelques centaines d'habitants, surtout des femmes et des enfants, ont quitté lundi matin Aarsal à bord de pick-up et de voitures.

La ville, qui comptait 40.000 habitants avant le début du conflit en Syrie, en abrite aujourd'hui 100.000 avec l'arrivée massive de réfugiés fuyant la guerre de l'autre côté de la frontière.

«Nous n'avons pas dormi de la nuit à cause des combats. Nous sommes les derniers à avoir pu quitter la ville car les hommes armés nous empêchent de partir. Ils ont tiré au dessus de nos têtes», explique Ahmad Houjairy, 55 ans, à bord d'un pick-up transportant une quinzaine d'enfants, âgés de 1 à 17 ans.

«Les hommes armés appartiennent à différentes nationalités et sont très bien organisés. Habillés en noir, ils effectuent des patrouilles», a-t-il ajouté.

Un responsable de l'ONU, refusant d'être identifié, a indiqué à l'AFP que plusieurs tentes avaient pris feu à cause des bombardements et les réfugiés syriens s'étaient abrités dans des édifices voisins, dont des mosquées.

Le Liban, qui compte quatre millions d'habitants, accueille plus d'un million de réfugiés syriens.

Pour Emile Hokayem, expert auprès de l'Institut international d’Études stratégiques de Londres, «les Libanais ne doivent pas être surpris du retour de bâton après avoir envoyé des combattants pro et anti Assad en Syrie», dit-il.

Les combats à Aarsal ont ravivé les tensions à Tripoli, la grande ville du nord du Liban, qui compte des partisans de la rébellion syrienne et d'autres soutenant le régime de Bachar al-Assad.

Ainsi, 150 manifestants se sont rassemblés près d'une position de l'armée dans le quartier sunnite de Bab el-Tebbaneh pour protester contre ses opérations à Aarsal avant d'être dispersés à coups de lacrymogènes. Aussitôt après, quatre grenades ont été lancées près du poste militaire, une attaque à laquelle l'armée a riposté par des tirs blessant deux personnes, selon une source de la sécurité. Des manifestants ont en outre essayé de bloquer l'autoroute entre Tripoli et la frontière syrienne, lançant des pierres sur un bus transportant des soldats. L'armée a riposté par des lacrymogènes sans faire de blessé.

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